quartier(s)

Quand je suis arrivé dans le quartier,
en 2016, la première chose qui m’a marqué, c’est le lac de la Warenne. Très vite, en faire le tour est devenu un rituel. Et chaque été, les balades en famille autour du lac viennent enchanter nos soirées.
Anthony
Manchester
Manchester


Avant, l’avenue Carnot c’était la route de Paris. C’était planté de tilleul tout le long. On allait chercher le tilleul là-bas. Maman nous faisait des tisanes.
Martine
Ronde-Couture
Un coin de la Vence
Ronde-Couture


La maison jaune a été bâtie à l’emplacement de l’ancien potager de mon père. Ce n’était pas un homme très démonstratif, mais ce jardin lui tenait à cœur. Il y cultivait de quoi nourrir notre famille.
Martine
Ronde-Couture
Avant la construction de la place de Manchester, y’avait rien, juste de grandes étendues de terre. L’été, on jouait aux billes, aux petits soldats en plomb, à la dînette…
On passait tout notre temps là, et on s’ennuyait jamais. Maman, elle, restait en haut de l’immeuble pour nous surveiller.
Lysiane
Manchester


Nous, à la maison, on n’avait pas de douche.
Alors, on se lavait dans l’évier de la cuisine. Et tous les samedis, c’était le rituel : on allait aux bains pour prendre une vraie douche.
Martine
Ronde-Couture
Je suis arrivée en 1982, et je me souviens qu’il restait encore quelques baraquements datant de la guerre. Ça m’avait un peu choquée de voir que ça existait encore, parce que c’était vraiment rudimentaire. Puis, petit à petit, le quartier a changé, il s’est transformé.
Viviane
La Houillère


Quand j’étais gamine, on n’avait pas les vacances. Alors on allait se baigner dans le ruisseau avec les copains du coin.
Claudette
La Houillère
Pas loin, à la bosse d’Étion, y’avait l’usine LU. Et quand le vent tournait du bon côté…
ça sentait les biscuits. Ça sentait bon.
Bernadette
La Houillère
– La destruction, c’était impressionnant.
– C’était bien, parce que c’était dégradé, mais c’était triste. Trop de souvenirs sont restés.
– On aurait dit que la guerre était passée.
– Ils ont d’abord abattu au boulet, puis avec une grosse machine avec des griffes.
– On a vécu ça comme une vraie agression.
Bernadette, Claudette, Dominique et Viviane
La Houillère


Mon mari, il a voulu déménager. J’lui ai dit : « Tu veux partir ? Ben vas-y, la porte est ouverte. » Moi, je bougerai pas. Je resterai ici. On a trop de souvenirs, ici.
Yvette
Manchester
quartier(s)
La Houillère, Manchester, Ronde-Couture
Rémois, je ne connais Charleville-Mézières qu’à travers ses facettes les plus visibles.
Pour la Nuit Blanche 2025, j’ai eu envie de m’éloigner des parcours balisés, des lieux emblématiques, pour découvrir la ville autrement — à travers le regard de ses habitants.
Je me suis tourné vers trois quartiers : la Houillère, Manchester et Ronde-Couture.
Là, des habitants m’ont guidé dans leur environnement quotidien. Ensemble, nous avons arpenté les rues, les impasses, les marges. De ces déambulations sont nées des images, saisies non pas pour ce qu’elles donnent à voir mais pour ce qu’elles permettent de se remémorer.
Chaque lieu porte en lui un souvenir, une sensation, un attachement individuel ou collectif. Une façade, un cours d’eau, un jardin, une rue : autant de fragments porteurs de mémoire, révélés par celles et ceux qui les traversent depuis des années. Ces lieux ont été choisis parce qu’ils comptent, parce qu’ils disent quelque chose d’une vie, d’un parcours, d’une émotion.
Dans ces trois quartiers, la mémoire collective est aussi marquée par un tournant majeur :
la vaste rénovation urbaine engagée à partir du milieu des années 2000. Tours et barres d’immeubles ont disparu, remplacées par de nouveaux logements et des espaces repensés. Ce bouleversement, vécu parfois comme une promesse et parfois comme une perte, a transformé en profondeur le paysage et le quotidien. Beaucoup se souviennent de la vie d’avant : les commerces, les voisins, les jeux d’enfants, les façades familières… Autant d’images et d’ambiances aujourd’hui effacées, mais toujours présentes dans les récits.
Ce projet ne cherche pas à dresser une carte exhaustive de Charleville-Mézières, mais à construire une archive sensible — subjective, incomplète, parfois floue — d’un territoire vécu. C’est une tentative de représenter la ville autrement, à travers une géographie de l’affect.
Ce projet s’inscrit dans la programmation
de la Cité Éducative Ronde Couture / Manchester. Il est porté par le dispositif culturel Micro-Folie de la Ville de Charleville-Mézières, en collaboration avec le Centre Communal d’Action Sociale de Charleville-Mézières et le Centre Social Manchester.
